Alors que nous n’avons aucune idée de ce qui nous attend, nos esprits s’echauffent déjà à l’arrière du pick-up de Beyl. En effet ce soir, vendredi 14 août, c’est la veille de l’Assomption, qui célèbre la montée au ciel de la Vierge Marie. Nous ne le savons pas encore, mais plusieurs amis de Beyl nous attendent…
Arrivés au village, on nous invite à visiter l’église. Devant la porte, des villageois viennent déposer des cierges avant d’entrer prier. À l’intérieur, nous découvrons l’atmosphère orthodoxe: une senteur d’encens embaume le bâtiment; un autel siège au beau milieu de l’allée bordée de chaises; les grecs y déposent un baiser et les enfants doivent passer au-dessous. Des minots chahutent, montant même sur la chaire et les fauteuils sacrés, tandis que d’autres picorent dans des pains au diamètre démesuré, disposés sur une table face à Jésus.
Sur la place du village, sont attablés les habitants. Devant eux, une petite piste de danse: un dj mixant de la musique traditionnelle rythme leur repas. De notre table, légèrement en retrait, nous observons les danseurs. Ils se déplacent en ronde, leurs mains liées par des tissus blancs. Leurs pas ont l’air simple, ils se croisent et se décroisent avant de faire des bons.
Je me rapproche pour tenter de les imiter. C’est alors que Stelios, l’oncle de Beyl, fait son apparition. Enchanté de nous rencontrer, il s’approche de notre table avec un large sourire. Il se met ensuite à danser sur la route longeant notre tablée puis, peu à peu, nous nous levons et formons à notre tour une ronde. L’ambiance est à la fête, je lis sur les visages une joie partagée malgré une certaine impression de ridicule… tous les regards sont rivés dans notre direction, mais plutôt amusés que moqueurs!
De mon coté, j’essais de reproduire les pas de Stelios. Mais ceux-ci sont en contre-temps avec la musique, ce qui ne facilite pas les choses. Parfois, il me prend à part et je sens une complicité qui s’instaure; il me fait tourner, une fois, deux fois, jusqu’ à ce que, waou! Je me retrouve dans ses bras virevoltant dans les airs! “Quel punch!” me dis-je. L’homme a bien 70 ans!
J’aimerais tellement arriver à tenir le rythme sans que mes pieds s’emmêlent. Finalement, les amis de Beyl insistent auprès de Stelios pour qu’il nous emmène sur la piste de danse. Après quelques réticences, nous finissons par nous jeter à l’eau.
Entrainés dans le cercle, les safariens font tous les efforts possibles pour ne pas être trop décalés. Je crois sincèrement que l’on s’est pas mal débrouillés, mais le résultat devait être comique…!
Pour ma part, je n’ai quasiment pas levé le nez, mon esprit étant trop occupé à vouloir suivre exactement les pas de ma voisine. Face à moi, une dame au talons verts les enchaine de manière claire et régulière, je la prends donc pour modèle. Le problème, c’est qu’il faut que je les reproduise en sens inverse, puisque, étant en face de moi, cela fait miroir. Ah la mince affaire!
Après quelques morceaux, les safariens quittent la piste. Frustrée, je n’ai toujours pas retenu l’enchainement. Heureusement, un monsieur de quatre-vingts ans (ou presque) l’a bien compris et décide de me prendre sous son aile. Et c’est reparti pour un tour de danse! Cette fois-ci, je suis seule entourée de trois autres doyens. Ne relevant la tête sous aucun pretexte, je me concentre sur ses indications “left, right, right, left behind, right…” Je peine et manque souvent de tomber. À la fin de la soirée, je vais m’asseoir à ses côtés pour qu’il m’explique le détail des pas à l’aide de ses index, qu’il pose l’un après l’autre sur la table.
À cet instant seulement je percute, je ressens alors une incroyable envie de crier ma reconnaissance, je viens d’avoir une révélation transcendentale!!!
C’est le coeur gros et l’esprit plein de souvenirs impérissables que je remonte en voiture. Avec une seule idée en tête: revivre cette merveilleuse soirée dans mon sommeil.
Ariane Julien, le 15 août 2009
Superbe recit qui demontre en rythme et avec suspens que le 15 aout la montee de la Vierge au ciel a eu le merite de reveler le Sirtaki aux safariennes et safariens !